Premiers pas

Le mot du jour : chat (« tchate ») = brin de causette, petite conversation, menu papotage.

3 octobre, 12h15. Cambridge

Tu l’auras compris, Froggie, c’est moi (moâ, en langage grenouillesque). Mais pour des raisons littéraires aussi complexes que pertinentes, j’ai écrit mon premier article à la 3ème personne, ce qui risque encore d’arriver (rien à voir avec Alain Delon, je t’assure. Outre mes dédoublements de personnalité, je trouvais juste que la distanciation du moâ mettait en exergue l’intensité dramatique de mon aventure de grenouille. On se glorifie comme on peut).

***

Le trajet jusqu’à Cambridge a donné le ton : un « plat pays », de mornes champs qui s’enchaînent, quelques sortes de cottages pas fort pittoresques. Que dalle, en somme, en termes de support pour un délire romantique sur la grandeur du cosmos.

Un paysage digne de Turner. Se référer au concept burkéen de « sublime ».

Et puis le ciel anglais : un grand machin blanc assez opaque, qui selon les gens de la météo serait qualifié de ciel couvert :

En réalité, le soleil n’est pas aussi visible que sur le dessin sous le voile de fin coton qui recouvre le ciel. Il faut se faire à l’idée que, selon les standards anglais, il fait beau quand le ciel est blanc et qu’il ne pleut pas.

Je parque ma valise à la consigne de la gare, qui est en fait à l’intérieur d’une sorte de magasin où l’on loue des vélos. Il y en a des centaines à la gare, et ils sont innombrables dans la ville même.

Chargée de mon seul sac à dos (qui pèse quand même son petit quintal) je me dirige vers le centre-ville : après ce voyage rondement mené, je mérite bien un casse-croûte. Et puis j’ai quelques heures à tuer (6, pour être précise)  avant de rejoindre l’appartement de mon hôte Couchsurfing.

Première rencontre avec un habitant de ce beau pays : un type me dépasse, puis me demande (ce fut le début d’un long moment un peu surréaliste) : « Are you a musician ? » (ben oui mec, j’ai ma cornemuse et mon cor anglais dans mon sac à dos).

Ravie de faire connaissance avec un local, j’accueille la perspective d’un petit « chat » sans doute agrémenté de quelques bons conseils sur Cambridge. Finalement nous avons passé tout le début d’après-midi ensemble, car ce charmant individu a tenu à me dire tout ce qu’il savait et pensait sur Cambridge, ses restos, l’université, la littérature anglaise, l’agriculture biologique, la société, les gens, Dieu, la vie, tout, son contraire, le reste, et j’en passe. A la fin je n’avais même plus besoin de produire un « hm-hm », la machine à bla-bla roulait toute seule. Qu’importe, au moins j’aurai rencontré mon premier spécimen de Cambridgien – et déjeuné en compagnie.

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