La Plodge

Le mot du jour : Porter’s Lodge (« powteuz lodj ») ou Plodge pour les intimes. = littéralement « loge du concierge ». Mais en fait c’est beaucoup, beaucoup plus que ça.

Le trajet jusqu’à mon collège, Lucy Cavendish, est laborieux. C’est assez excentré, j’ai toujours mon gros sac à dos + une maison sur roulettes, et j’ai beau changer de main toutes les 10 secondes, j’ai quand même les deux menottes en compote (admirez la rime). Mais passons.

Arrivée au collège, je me dirige directement au « Porter’s lodge ». On ne peut pas la louper, c’est là où se pointent tous mes amis escargots (moment de compassion admirative devant certaines qui ont même deux valises). Dans ce collège pour filles (ou pour « femmes mûres », comme le proclame le site, puisque l’âge minimum est de 21 ans) les concierges sont, je crois, les seuls hommes. Et ils ne chôment pas : ils accueillent les nouvelles, leur donnent leur badge et les clefs de leur chambre, font signer quelques papiers, répondent aux questions …

Quand je disais que la Porter’s lodge, c’était beaucoup plus qu’une simple conciergerie, c’est surtout parce que je me suis rendue assez vite à quel points la casquette de « concierge » étaient polyvalente.

Premièrement, ils font un peu chiens de garde, car ils voient passer tout le monde, y compris grâce à la vidéosurveillance, et prouvent qu’il n’y a pas que des petites nanas sans défense au sein du collège. Sauf qu’ils ne doivent, j’imagine, montrer les dents qu’à de rarissimes occasions, et qu’en guise de collier à piques ils ont une tenue tout à fait chic (chemise blanche et gilet de costume noir, s’il vous plaît).

Ils sont hôtes d’accueil, office de tourisme, bureau des réclamations, point info … on peut leur poser à peu près toutes les questions qu’on veut (Où est la cantine ? Comment payer mon loyer ? Quand la bibliothèque est-elle ouverte ? Où acheter un vélo ? Avez-vous une carte de Cambridge et de son réseau de bus ? Quelle est la meilleure recette de tiramisu ? Qui suis-je  ? Pourquoi les zèbres ont-ils des rayures ?). Ils ne perdent jamais patience.

Ensuite, ils sont un peu marchands du temple. A la Porter’s lodge, on peut voir toutes sortes de souvenirs de Lucy Cavendish : T-shirts, sweats à capuches, insignes, cartes postales, peluches … Mais ils vendent aussi plein d’autres choses d’utilité immédiate, comme des vélos, qui représentent probablement l’essentiel de leur fond de commerce. John est le spécialiste en ce qui concerne la vente des engins, mais il s’occupe également de les retaper, parfois avec l’aide de ses collègues (j’en ai vu un, l’autre jour, dans une pièce au fond de la plodge, qui pédalait frénétiquement sur une pompe à vélo).

Ils prêtent et vendent des gowns, soit les robes officielles du collège, et si l’on cherche bien, ils doivent sûrement tenir une petite parapharmacie, retaper des meubles anciens, acheter de l’or dentaire et proposer des contrats d’assurance quelque part derrière leur comptoir.

John est aussi l’homme à tout faire quand il s’agit des menues réparations à faire dans les logements loués par le collège.

Toute la maison où mes deux colocs et moi-même vivons a été refaite et nous avons une salle de bain ultra-moderne, sauf que les chiottes sont pouraves (la poignée actionnant la chasse reste la plupart du temps dans la main déconfite de l’usager). John est donc déjà venu réparer nos toilettes deux fois. Malheureusement John n’est pas un vrai plombier, donc pour l’instant nous devons nous satisfaire d’enclencher le mécanisme en allant chercher, sous le couvercle dudit chiotte, entre les divers réservoirs, siphons et autres tuyaux, un petit crochet qu’il faut tirer vigoureusement et à plusieurs reprises. Allez expliquer ça aux potentiels invités qui auraient un besoin pressant (remarque, ça peut briser la glace si les invités en question ont de l’humour).

En tout cas, John et ses collègues ont tout pour faire oublier le cliché du concierge malpropre, peu affable voire carrément grognon qui hante l’imaginaire dix-neuviémiste français.

"C'est à cette heure-ci qu'on rentre ?!!"

« C’est à cette heure-ci qu’on rentre ?!! »

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