Les classiques à toute vitesse (2ème partie : l’art du bluff)

Comme il serait pratiquement impossible de résumer tous les classiques en 30 mots, voici toujours quelques conseils de survie à l’usage du non-lecteur aux abois.

Vous vous trouvez dans la nécessité absolue de donner votre avis sur un livre inconnu, et dans l’incapacité à faire dériver la conversation sur Harry Potter ou le dernier épisode de Secret Story ?

  • Un maître-mot : bluffez. La meilleure excuse reste que vos souvenirs de lecture sont trop lointains pour être vivaces (vous avez d’ailleurs le projet de relire l’ouvrage en question, quand vous en aurez au moins partiellement fini avec la trentaine de bouquins en cours de dévoration). Si vous arrivez à faire croire à votre interlocuteur que vous avez lu Guerre et Paix à neuf ans et demie, il vous dispensera de tout commentaire et saluera de surcroît le petit rat de bibliothèque précoce qui est (supposément) en vous.

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  • Vous pouvez également dire que vous êtes justement en train de rattraper ce honteux retard (rehaussez-vous dans l’estime de votre ami lecteur en affirmant que vous vous refusez catégoriquement à découvrir les chefs-d’œuvre littéraires en dehors de leur version originale. Admiration garantie s’il s’agit d’un Dostoïevski, de Confucius ou de quelque auteur de langue sanskrite).
  • Tâchez de reconstituer l’intrigue à partir du peu que vous en connaissez (résumés, allusions en cours de français, blockbuster hollywoodien ou adaptation Bollywoodienne …) et en sondant votre interlocuteur (poussez-le le plus possible à livrer son analyse en premier).
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Walt Disney, cette mine de culture à portée de tous.

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  • Si vraiment vous ne vous souvenez de rien, inventez. Plus risquée, cette solution est toutefois relativement aisée : vous observerez que la plupart des classiques, dont ceux cités en première partie, comprennent deux éléments presque inévitables : 1) une histoire d’amour/de fesses, 2) un décès (si possible tragique). Les plus hardis peuvent même s’aventurer à énoncer une fausse citation, si ça passe, ça en jettera furieusement.
  • Plus vos commentaires seront abstraits et généraux, mieux cela vaudra : vous prenez moins de risques de hors-sujet et avez même une chance de faire passer votre ignorance pour une capacité à aller bien au-delà de ce détail prosaïque qu’est l’intrigue. Parlez des qualités d’observation sur le plan sociologique et psychologique du narrateur, de l’ambiguïté du message, du caractère judicieux de la composition. Développez abondamment votre avis sur le style (poésie des descriptions, délicat ciselage des phrases, admirable jeu sur les contrastes et les motifs…).
  • Tâchez de caser les mots et expressions suivants : hubris, réification, kierkegaardien, dichotomie, chiasme, Sturm und Drang, acatalepsie, oxymore, eschatologique, transcendantalisme, ekphrasis, mutatis mutandis*, anacoluthe, stichomythie.

* Nota sur les locutions latines : pour un style sobre, se contenter des plus communes. Mais si vous rêvez de voir en face de vous une paire d’yeux s’ouvrant comme des soucoupes, optez pour ce genre de remarque négligemment glissée au détour de la conversation : « Ah, La Célestine ! Cet ouvrage est diablement délectable ; je l’ai lu celerius quam asparagi cocuntur (pour les incultes non bilingues latin-français : « En moins de temps qu’il n’en faut pour cuire les asperges. »).

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