Procrastination

En pleine période pré-noëlesque, alors que la ville et les maisons sont envahis par une orgie de guirlandes et de faux flocons et que tout le monde ne s’inquiète plus que d’acheter les derniers cadeaux et de se gorger de chocolats, Froggie a passé les deux dernières semaines à stresser à cause d’un essai à rendre à la veille des vacances.

La « deadline » était le vendredi 20.

Essay

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 Il y avait un mois pour le faire, pourtant. Paresse ? Procrastination ? Non ! Lecteur, laisse-nous éclaircir cet étrange phénomène en expliquant la théorie que Froggie a déduit de son expérience. La procrastination n’existe pas, le vrai problème est que, en temps d’urgence, les journées sont trop courtes. Preuve :

10h : Froggie se réveille péniblement. Elle avait bien mis son réveil à 7h, mais la veille, à l’heure du coucher, après une journée absurdement improductive et apathique, son cerveau s’était mis à fonctionner à fond les manettes. Donc adios le réveil frais et matinal et rayonnant de motivation. A la place, Froggie se fait une jarre de café, il faut bien ça car elle a l’impression de revenir tout juste de boîte.

10h30 : le café ne fait toujours pas effet.

11h : Froggie s’installe à son bureau. Le café ne fait toujours pas effet.

11-00 – 11h30 : avant toute chose, il fallait que Froggie checke ses nouveaux messages. Elle a quatre messageries différentes, ça prend donc un certain temps. Elle peut désormais se mettre au travail. Mais le shoot de caféine ne remonte toujours pas jusqu’à son petit cerveau d’amphibien.

11-30 – 11h45 : confection et dégustation d’un nouveau bol de café devant des sites internet aussi débiles que chronophages (ben oui, boire ou réfléchir, il faut choisir, pas vrai ?)

11h45 – 12h00 : Froggie se met au travail. Tout d’abord, relecture du « travail déjà accompli » – comprendre des notes chaotiques, des idées en vrac, quelques liens internet et références bibliographiques qu’elle n’aura probablement jamais le temps de consulter. Croissance du désespoir mêlé de stress et confusion mentale.

12h00 – 12h05 : tiens, il est temps que Froggie se lime les ongles !

12:05 – 12h15 : le spectable de la rue est absolument fascinant. Tellement fascinant que Froggie scotche dessus pendant dix minutes.

12h15 – 13h30 : réflexion, cinquante-quatrième remaniement du plan de la dissert.

13h30 : gros coup de barre. Et si on s’allongeait quelques minutes pour se remettre au boulot avec un esprit plus frais ?

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15h30 : réveil très embrumé. Froggie attrape son ordinateur pour constater l’étendue des dégâts, ou plutôt celle du néant de travail accompli. Elle en profite pour re-checker ses mails.

16h00 : la nuit tombe. Froggie a toujours envie de se lover sous une couette. Pour se redonner des forces, elle se fait une plâtrée de pâtes.

16h30– 17h20 : consultation de 115 pages internet, lecture d’articles universitaires en ligne, plus ou moins en lien avec le sujet. Ajout de notes chaotiques sur le fichier « brouillon », qui commence à prendre des proportions franchement ridicules.

17h20 -17h40 : que la chambre de Froggie est désordonnée ! Celle-ci décide d’y remédier de suite.

17h40 – 18h : début de rédaction d’un paragraphe.

18h : pfiou ! Après tout ce temps de concentration, Froggie a bien mérité une pausette. Re-surfage au pays des lolcats, des VDM et des memes.

19h : oups, la pausette a duré un peu plus longtemps que prévu.

19h-19h25 : poursuite des lectures et de la prise de notes bordélique. Froggie se rend compte que son plan actuel est totalement bancal.

19h25 – 19h35 : cette pub sur internet lui fait penser qu’il est grand temps de s’occuper de ses cadeaux de Noël. Elle commence à prospecter.

19h35 – 19h50 : lecture des 17 pages de brouillon. Cinquante-cinquième remaniement du plan. Climax du désespoir.

facedesk

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19h50 : la coloc de Froggie toque à sa porte pour lui proposer une sortie. Froggie, sens du devoir oblige, décline. Toutefois, elle s’autorise un brin de papotage avec sa charmante colocataire.

20h30 – 21h : Froggie tombe sur un article qui n’a qu’un rapport très lointain avec son sujet, mais qui est tout de même furieusement intéressant.

21h : dinner time ! mais Froggie se rend compte qu’il n’y a strictement rien à manger, ni pour ce soir, ni pour le lendemain matin. Une session shopping s’impose.

22h : Courses faites et rangées, Froggie se prépare à dîner.

23h – 23h40 : Froggie atteint son pic de concentration, ce qui lui permet : 1) de continuer la rédaction d’un paragraphe, 2) de refaire son plan pour la cinquante-sixième fois 3) de reformuler sa problématique bateau, et 4) de commencer à organiser le chaos de notes qui lui sert de brouillon.

23h40 – minuit : Froggie a un grand élan d’inspiration pour des choses qui n’ont rien à voir avec son essai (un article pour son blog, par exemple).

Minuit : c’est pas tout ça, mais il faut s’assurer d’être en forme pour la longue journée de travail du lendemain. Préparatifs du coucher.

0h30 – 3h :  « Sept mille huit-cent trente-deux moutons, sept mille huit-cent trente-trois moutons … » …

10h : lever, tête dans le pâté, jarre de café.

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Par cette routine remarquable d’inefficacité, Froggie est tout de même venue à bout de la moitié du travail. L’autre a été bâclée dans le train entre une pipelette au téléphone et les beuglements d’un môme.

***

C’était la théorie de la procrastination ou de la relativité du temps en période d’urgence – un beau potentiel pour un prix Nobel, je pense. Il faudra vraiment que je la travaille en profondeur un de ces jours, mais pas maintenant, j’ai des cadeaux à emballer.

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