Choses vues à Cambridge (#2) : surprise de saint Valentin

Chers lecteurs, ne fuyez pas devant ce titre. Il est vrai qu’il a tout pour faire peur aux quelques rabat-joie qui n’aiment pas se vautrer dans l’ambiance « Saint Valentin », ceux à qui les coeurs, le rose fuschia et autres petits cupidons donnent la nausée, ceux qui ont des envies de meurtre devant les pubs niaiseuses qui envahissent l’espace public dès le début de janvier, et qui n’ont aucune envie de se joindre à l’hystérie des achats de chocolats, de parfum ou de fleurs hors de prix avant de consommer scrupuleusement leurs préservatifs à la fraise. Sans compter tous les célibataires qui se trouvent réduits, devant cette fête de l’amour obligatoire, à se terrer chez eux pour engloutir un pot de nutella devant une série policière, ou pire, à se rendre à quelque soirée à thème ou à un speed dating où se précipitent les plus désespérés.

NOPE.

NOPE.

Non, loin de cette frénésie ultra-prévisible, voici une vraie et belle surprise.

Hier, 14 février donc, j’étais à la bibliothèque, habituellement l’un des rares refuges à l’écart des vanités humaines, et (pour une fois) je travaillais. Silence de bibliothèque, les seuls bruits viennent des pages que l’on tourne, des claviers que l’on tapote et des stylos griffonnant le papier. Soudain, la jeune fille installée juste en face de moi se lève et se met à chuinter (« SHHHHH ») comme une insensée. Tout le monde se retourne, et l’huluberlue entame une tirade, tournée vers la mezzanine :

« But soft, what light through yonder window breaks?

It is the east and Juliet is the sun! »

 Là-haut, penchée par-dessus la rembarde, une autre jeune fille la regarde et lui répond, tandis que la voix stridente d’une nourrice invisible l’appelle.

"O, speak again, bright angel!"

« O, speak again, bright angel! »

Au milieu de la bibliothèque, nous avons donc eu droit à une mini-flash mob théâtrale.  Cette petite interruption était d’autant plus agréable que les étudiantes qui nous ont joué la fameuse scène du balcon de Roméo et Juliette, toutes jeunes qu’elles fussent, étaient très douées, et leur élocution impeccable.

Merci à elles et à ce bon vieux Shakespeare. Loin du kitsch des célébrations commerciales, ses pièces traversent les siècles en gardant toute leur romantique fraîcheur.

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julietteroméo

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