* Réminiscences traumatiques : comment Froggie a appris l’anglais

Ah, les cours d’anglais à l’école … Je vois d’ores et déjà certains d’entre vous pris de larmoiements spontanés rien qu’à l’évocation de ces quelques heures qui vous auront permis de maîtriser de fond en comble la langue de Shakespeare, depuis les emplois du past perfect au prépositions, en passant par le vocabulaire des fruits et légumes. Ou, peut-être, auront seulement nourri vos cauchemars adolescents, avant que vous ne changiez votre langue vivante de l’anglais au kurde oriental.

L’anglais et moi, c’est une longue histoire d’amour qui a commencé dès l’école primaire. A l’époque, j’habitais dans une petite bourgade et mon école ne devait pas accueillir beaucoup plus de cents mômes et 4 instituteurs (même que les CM1-CM2 avaient le même prof et partageaient la même salle de classe). Ca n’empêchait pas lesdits profs d’avoir des méthodes tout à fait progressistes, aussi le vieil ours mal léché qui se chargeait du cours moyen (et me terrifiait grandement, même si au fond c’était un gros nounours au cœur tendre) avait-il entrepris de faire apprendre quelques rudiments à « ses » moutards. ImageComme lui-même n’était pas forcément au top, il nous laissait entre les mains d’une assistante qui nous apprenait à ânonner des petites chansons ou à décrire le temps qu’il faisait.

« Faïve grine boteulz,

Stèndinngonne zeuwôl (X2)

Enndif wane grine boteul

Choude aksidèntli fôl

Zerdbi fôr grin boteulz

Stèndinngonne zeuwôl » (etc, etc)

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Bref, je suis entrée en sixième convaincue d’être déjà presque bilingue. J’avais même compté, une fois, tous les mots de vocabulaire que je connaissais déjà (50 ? 100 ?) et j’étais vachement fière.

Au collège, petite désillusion. Je ne comprenais pas pourquoi on disait « aïe live » et pas « aïe laïve » (d’ailleurs, la phonétique anglaise reste encore pour moi un mystère souvent insondable). Mais bon, dans l’ensemble je m’en sortais pas mal. Et puis l’anglais, c’était marrant (plus que l’histoire par exemple), une récréation avant la récréation.

Au collège aussi les profs étaient fans des chansons. Nous avions en 6e et 5e un manuel stupide, vous savez, avec ces personnages à qui on est censé pouvoir s’identifier. Image

A peu près autant de garçons que filles, parité oblige, un binoclard, peut-être un roux, sans oublier le ou la renoi de service (pas de rebeu ou de Sikh enturbané, faut pas déconner quand même). Des familles trop chouettes trop belles avec un papa, une maman, un chien un poisson rouge et jamais de grand-frère camé ou de mamie tétraplégique. Des petits héros dont les pires mésaventures sont de se réveiller en retard ou de faire tomber leur tartine côté beurré.

Il y avait pas mal de chansons, donc, à but pédagogique … je me souviens d’une en particulier, sans doute à cause de la rime mémorable qui marque les deux premières lignes :

I’m Donovan

The pizzaman

Avouez que le grand Wordsworth peut bien verdir de jalousie dans sa tombe devant ce trésor de poésie.

(En plus, l’illustration faisait une pub éhontée à Pizza Hut).

On ne se contentait pas du manuel, heureusement. Qui n’a pas étudié au moins une fois, au cours de son apprentissage de l’anglais, une chanson des Beatles ? Nous, c’était « Imagine ». On avait même regardé la vidéo d’un live, avec tous les fans qui vidaient allègrement leurs briquets tendus vers le ciel, et puis surtout (surtout) ce gros plan sur une femme qui pleurait comme un veau au premier rang. Aujourd’hui, j’imagine que les prochaines générations vont délaisser les Beatles pour Macklemore ou Lady Gaga, qui seront peut-être devenus de véritables classiques du monde de la culture anglo-saxonne d’ici quelques années. Ca fout un de ces coups de vieux …

Au passage, c’est fou ce qu’on apprend comme mensonges pendant les premières années de cours d’anglais. A la fin du collège, tous les anglicistes devaient être profondément persuadés, par exemple, que tous les petits Anglais passaient par des écoles über-posh à la Kings’ School, et qu’ils n’articulaient que l’anglais de la reine dans des uniformes non moins posh. Ou que tous les Biftecks, le matin, mangeaient un vrai et complet English Breakfast (thé-avec-un-nuage-de-lait-œufs-saucisses-beans-pain-marmelade-beurre de cacahuète-fromage-bref-la-totale). Tous les matins. Quelle désillusion quand tu apprends qu’en fait, ils bouffent des corn flakes, comme tout le monde (je ne veux rien savoir de la minorité qui engouffre un sandwich pâté de volaille-câpres-sirop d’érable au petit déj).

Image

English Breakfast, version abrégée

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Mais bon an mal an, ces cours m’auront laissé quelques bons souvenirs et des bases plus que correctes. Ce qui n’est pas le cas de tous les cours de langue. Une discussion avec mes amis européens à Cambridge m’aura par exemple permis de découvrir que l’apprentissage du français en avait laissé plus d’un traumatisé (atrocités de la grammaire française et de ses myriades d’exceptions) ou bien remarquablement indifférent.

Ma coloc’ autrichienne par exemple se souvient tout juste d’une phrase, pour le moins belle et poétique : « Vite, vite, une photo ! ». Pour tout le reste, amnésie intégrale.

 

Image

« Vite, vite, un gros trou de mémoire ! »

Une pote allemande, elle, m’a étonnée de connaître « perroquet » (mais pas, par exemple, chaussette ou ordinateur) et émerveillée encore davantage de savoir prononcer parfaitement une phrase des plus courantes : « le propriétaire a encore augmenté le loyer » (alors qu’elle n’est pas vraiment capable de soutenir une conversation en français. Mystères de la mémoire et des cours de langue).

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Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, mes petits lardons au cumin. Je n’ai pas parlé des autres langues vivantes, aussi je profite de cet article pour rendre un très bref hommage à ma prof d’espagnol de collège (celle qui m’a inspiré toutes ces années un mélange de terreur et de vénération absolue, et qui surtout faisait littéralement des bonds sur l’estrade afin d’optimiser ses talents de persuasion. Inoubliable) et à mon prof d’allemand de Seconde (une sorte de clown, mais alors le clown le plus pathétique de l’histoire internationale du cirque, et pervers comme pas deux à ses heures).

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Et vous, quels sont vos souvenirs, nostalgiques ou traumatiques, des cours de langue ?

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Traumatic recollections : how Froggie learnt English

Oh, those English courses at school … I already sense that tears are coming out of the eyes of some of you just at the mere evocation of these few hours which have allowed you to perfectly master Shakespeare’s language, from the past perfect to prepositions, including the vocabulary of fruits and veggies – or just haunted your teenage nightmares, before you shifted your foreign language from English to Eastern Kurdish.

The English language and I: a long love story which began at primary school. At that time, I was living in a small village and my school did not accommodate more than a hundred kids and four teachers (the last two forms were even handled by the same teacher, in the same room). This did not prevent said teachers from having very progressive methods, so that the old grumpy bear who managed the intermediary class (and greatly terrified me, although fundamentally he was just a big teddy bear with a tender heart), this grumpy bear, I said, had undertaken teaching “his” kids a little smattering of English. As he was not particularly an expert himself, he entrusted us to the care of an assistant who taught us to warble nice little songs or to talk about the weather.

légumes

Five green bottles standing on the wall (X2)

 And if one green bottle should accidentally fall,

There‛ll be four green bottles standing on the wall

I then started secondary school with the deep conviction that I already was virtually bilingual. I had even  counted, once, all the words of vocabulary I knew (50? 100?) and was jolly proud about it.

So a bit of a disillusion ensued. I couldn’t figure out why the « i » in « to live » was so differently pronounced than the « i » in « life ». But I still got by, as a whole. And English was fun (more than history at least), a break before the break.

In secondary school too the teachers were very keen on songs. In Year 7 and 8 we had those cheesy textbooks, with those stupid characters whom we’re supposed to identify with. manuelanglais

Approximately as many girls as boys (for the sake of gender equality), one four-eyes, maybe a redhead, and of course the inevitable “black guy” (no Arab or bescarved Sikh – that would be pushing it). All nice and neat families with a dad, a mum, a dog, a goldfish and never a junkie brother or a tetraplegic granny). Little heroes whose worse misfortunes were waking up late for school or dropping toast butter side down. There were a good many songs, then, always pedagogy-oriented. I remember one of them particularly, maybe because of the memorable rhyme of the first two lines:

I’m Donovan

The pizzaman

Even the great Wordsworth, in its venerable tomb, must be turning green with envy at the idea of not having had this poetic brainwave himself.

(Besides, the illustration was a shameless advertisement for Pizza Hut)

But fortunately enough, all the musical material wasn’t taken from the textbook only. Who, among foreign learners of English, hasn’t studied a Beatles’ song? We for one went for “Imagine”. We had even watched a live video of it, with all the fans holding their lighters up in the air, enthusiastically emptying them out, and above all that close-up on a lady in the front row who was crying a river in sheer ecstasy. I suppose that the next generations will leave the Beatles for Macklemore or Lady Gaga, who will by then have become true classics of Anglo-Saxon culture. But who cares, then I’ll be too old for this shit …

By the by, it’s amazing the number of lies we are taught during the first years of learning English. At the end of Secondary school, all the students must have been deeply convinced that every British kid came to super-posh schools like Kings’ in London, and exclusively spoke the Queen’s English in no less super-posh uniforms. Or that in the morning, Brits ate a True And Complete English Breakfast (tea-with-a-cloud-of-milk-eggs-sausages-bread-marmalade-peanut butter-cheese-the-whole-kit-and-caboodle). Every single morning. What a disillusionment it was, to learn that they actually eat cornflakes, like everybody else (and I don’t want to hear about the minority individuals who gulp down poultry pâté – capers – maple syrup sandwiches for breakfast).

English breakfast: the abridged version

English breakfast (abridged version)

But ultimately, these lessons have left me with a few good memories and a decent grounding – which is not the case of all courses in foreign languages. A discussion with my European friends in Cambridge led me to the discovery that French lessons had either traumatized students – probably as a result of the atrocities of French grammar and its myriads of exceptions – or left them cold as a stone.

My Austrian housemate, for instance, only remembers one sentence, which stands out for its poetic beauty: « Vite, vite, une photo ! ». The rest, apparently, has sunk into oblivion.

Vite vite, on oublie tout !

Vite vite, now forget everything !

A German friend of mine, conversely, surprisingly recalls how to say “parrot” (but not “socks” or “computer” for instance) and – even more surprisingly – she can perfectly pronounce such a common sentence as “the landlord has raised the rent again” (while she would have trouble having a whole conversation in French. The mysteries of memory and teaching priorities …)

That’s all for now, my dearest soy sauced tofu cubes (nickname suggested by a vegetarian commentator and sponsored by your local Chinese grocer). I haven’t talked about other foreign languages, so let me pay a very brief tribute to my first Spanish teacher (who stirred in me a mix of terror and absolute veneration, and above all was used to literally jumping up and down on the dais to make her point more convincing. Absolutely unforgettable) and my fifth form German teacher (a kind of clown, but then the most pathetic clown in the world history of circus, and sometimes a downright perv).

*

What about you?

Do you have any wistful or traumatic memories of your lessons of English/French/whatever foreign language you learned?

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